jeudi 24 mai 2018

C'est là que le bât blessa...

 
Gloire à Zaggath, Flamme Mortelle et Immortelle, Divine Inspiration qui transforme la plus anodine des armes en estoc létal.

   Poursuivant notre exploration du palais du Roi-Sorcier Appuu... (Appuu, c'est très bien, on en reste là !) nous découvrîmes une salle jonchée d'amas végétaux suspects dont l'air était saturé d'une fumée dangereusement verdâtre.
Je pense que se couvrir la bouche d'un linge humide était une sage décision car même ainsi, la gorge nous irrita en rentrant dans la pièce.

   Badrakil, dont la fourberie le dispute à l'astuce, eut la bonne idée de recouvrir les formes (des espèces de champignons apparemment) avec les tapisseries trouvées dans les pièces précédentes, nous prémunissant d'autres effets néfastes.

   Le couloir débouchait sur une salle qui avait dû connaître des jours fastueux que les siècles n'avaient pu totalement faner. Au centre de celle-ci, comme protégé des affres du temps, trônait un piédestal d'un métal inconnu que notre alchimiste identifia comme datant du temps des Roi-Sorciers ! D'aspect sombre et doux comme le velours au toucher, il était une preuve supplémentaire de la puissance et des arts perdus depuis la Chute.
Sur ce piédestal reposait un globe également d'un matériau indéterminé ressemblant à du cristal. Il puait la magie à plein nez, exerçant sur moi une attraction presque sensuelle.
Après nous être assurés qu'il n'était pas protégé par un dispositif particulier, je m'en emparai avec avidité. J'eus la délicieuse surprise de sentir comme une pulsation parcourant le globe au moment où je l'empoignai ; mais rien de plus. J'étudierais cette trouvaille plus tard, plus au calme, la rangeant dans mon havresac avant de continuer l'exploration.

   La pièce suivante semblait être un bassin permettant au Zathog de rentrer dans le temple. Peut-être recelait-il de précieux trésors, ou les carcasses précieuses de vaillants mais infortunés aventuriers dans ses profondeurs ; nous ne le saurions jamais : l'odeur abominable émanant des eaux saumâtres et saturés de déjections proportionnelles à la taille de l'animal nous convainquirent de passer prestement à la suite.

   Il s'avéra que notre incursion dans ces lieux n'était pas passée inaperçue : dans l'ombre, une silhouette encapuchonnée s'adressa à nous d'une voix grave et doucereuse. Sans animosité mais avec fermeté, elle soulignait notre tendance à piller les pièces ou à en massacrer les occupants. Que ces derniers aient été les premiers à tirer le fer ne sembla pas l'émouvoir outre mesure. L'homme (si c'en était un) se présenta comme L'Alchimiste, propriétaire autoproclamé du palais depuis quelques décennies. Désirant que nous lui restituions nos larcins, il consentit à nous en dire un peu plus et sur lui-même, et sur son domaine. Il refusa toutefois de révéler la fonction du globe. Le vieux salopard.
J'avais jusque-là était plutôt partisan de lui rendre ses possessions, devant son absence d'agressivité et son apparente volonté à nous abreuver d'informations. Mais ce refus m'agaça profondément. Badrakil le vit-il ? ou avait-il de lui-même décidé de négocier à coup de dagues ? Toujours est-il que je le voyais du coin de l'oeil tenter d'enduire l'une de ses lames de poison, lorsque jaillit d'un recoin de la pièce un tentacule le blessant sérieusement au bras.
   L'heure des palabres était passée.

   Je savais ne pouvoir compter sur mes compétences mystiques, ayant déjà trop donné contre le Zathog. Ayant vu l'Alchimiste dégainer une épée je fondis sur lui, avec une célérité qui nous surpris tous les deux. Zaggath me donnait sans doute des ailes, comme me le confirma le coup que je portai : faisant virevolter mon bâton je l'empoignai à la manière d'une lance et, guidé par la grâce de l'Incandescent, je frappai avec une force qui ne saurait être naturelle.
Le coup l'atteignit exactement entre les deux yeux, portant avec un bruit écoeurant de chair broyée et d'os brisé.
(L'espace d'un instant, je crus entendre un hurlement d'Outre-Monde disant à peu près ceci : "Naaaaooooon il m'a encore niqué un boss !"... sans doute quelque dieu mineur que j'aurais courroucé par mégarde)
L'Alchimiste tomba raide, mais ses Arts parvenaient encore d'une certaine manière à le maintenir en vie. Je l'achevai en lui plantant ma dague en plein coeur, dédiant cette mort à mon dieu tutélaire.

   Mes camarades de leur côté avaient fort à faire avec la créature accompagnant feu l'Alchimiste : une aberration mi-gorille aux tentacules menaçants, résultat de manipulations interdites. Les blessures qu'il infligeait semblaient sérieuses, et les assauts combinés de mes quatre compagnons ne furent pas de trop pour en venir à bout.
Cette bataille ne fut toutefois pas sans séquelles : le Barbare semblait atteint d'une espèce de poison au bras, poison dont fut également victime Badrakil en cherchant à le récupérer.

   Leur état semblait empirer rapidement, la paralysie s'étendant dans leurs membres. Les potions trouvées dans le palais désormais pacifié ne pouvaient que contenir le mal. Nous emmenâmes les blessés chez nos alliés Céruléens qui tentèrent par leurs rites de conjurer l'infection, mais celle-ci n'ayant rien de végétale ni animale leurs chamanes se trouvaient dépassés. Tout ce qui nous pouvions faire en l'état était de les soutenir par nos prières. Et une nouvelle fois Zaggath nous exauça, ô fortunés que nous sommes ! après une nuit qui laissait craindre le pire, l'état de mes compagnons sembla se stabiliser. Bien que toujours sérieusement diminués, ils semblaient hors de danger, ne requérant désormais qu'un maximum de repos.
Cela me donnerait un peu de temps pour étudier ce mystérieux globe... et apprendre quelques rudiments d'alchimie avec mon compère.