lundi 10 décembre 2018

Leave and let THULE derrière nous....

 
Après nos péripéties dans la vallée (non pas de Dana, mais d’Ajaskar), nous sommes revenus à Zalhut par le portail.

Bahdrakil s’est (enfin) trouvé une femme , une autochtone du nom de Chipi et Bassim de nouveaux apôtres. Nous nous sommes donné une semaine avant de se retrouver pour repartir vers le continent.

Pendant que Jorrick allait s’enfermer dans un laboratoire pour trifouiller ses potions, Badh écumait les marchands de Zalut en quête de babioles pour les refourguer à des pigeons (euh,.. clients ? ^^ ) du continent.
Diane , quant à elle, se morfondait sur cette île où aucune végétation , ou animaux présent ne semblait l’ intéresser. Sur mon conseil, je lui suggérais , d’une de trouver un magicien afin d’optimiser ses armes, et de deux , de se décoincer un peu et de profiter de la vie.

Pour ma part, ayant effectué toutes mes emplettes, je me mis en devoir d’écumer toutes les tavernes du port et de vider des tonneaux et des tonneaux de divers alcools. C’est pendant l’une de ces virée nocturnes, dans une taverne miteuse du port, que je fit la connaissance de TOVAR (enfin, quand je dit faire connaissance, c’ est suite à un léger différend de beuverie que nos poings respectifs ont fait connaissance). Cette légère incartade nous a valu d’être arrêté par la garde , non sans avoir détruit la quasi totalité du mobilier de la taverne ainsi qu’avoir amoché 4 ou 5 gardes et placé en cellule pendant 05 jours.
Pendant ce repos forcé , TOVAR et moi avons pu discuter et suite à cela, une idée nous est venu. La création d’une compagnie de mercenaires. Torvar , originaire de VALGARD ancien soldat et Mercenaire m’indiqua qu’il savait où trouver des bons gars solides sachant manier l’épée et l’arc, au Nord de LEMURIA. L’affaire fût conclu et nous passâmes le temps qu’il nous restait à peaufiner les modalités de cette petite entreprise.
TOVAR le VALGARDIEN
 


Lorsque nous sommes sortis, je rejoignis mes compagnons sur le port et nous pûmes embarquer vers le continent. Jorrick nous parla d’une potion du feu de dieu (et non pas du feu de Zaggath) qu’il avait l’intention de fabriquer mais les ingrédients requis étaient au mieux rares à trouver au pire, impossible. Il nous parla d’une plante-animal de la jungle de Qush at d’un autre truc qui se trouvait dans les mont Kolvis… N’ayant rien d’autres à faire (pour ma part, car Tolvar devait voyager jusqu’au Valgard pour recruter des hommes) nous décidâmes de passer par LYSOR afin de récupérer l’apprenti de Badh (et surtout son précieux crâne-trône) ,de remonter vers Oomis afin que Diane puisse retrouver son élevage ( et accessoirement fournir de nouveaux Croarks à Bassim et Jorrick) puis de bifurquer dans la jungle afin de chasser la plante-animal de Jorrick.






Notre passage à LYSOR fut mémorable pour ma part, ayant enfin convaincu Diane de venir s’encanailler dans une taverne pour une soirée (je dois dire que je ne l’avais jamais vu sous cet angle) et je jetterai un voile de pudeur sur la nuit que l’on a passé ensemble (je dois juste dire que malgré son métissage céruléen, elle n’a rien à envier aux vrais céruléennes).

Le lendemain, nous partîmes donc en convoi par la route qui longe les marais de Festrel afin de remonter vers Oomis. Que dire de notre compagnie plus qu’hétéroclite, rien sinon que peu de gens aurait pu prédire que nous serions encore sur les routes ensemble. Pour ma part, malgré quelques dissensions avec certains de mes compagnons, je sais que je ferai tout ce qui est possible pour les aider…

Le soir, diane nous trouva une corniche afin de bivouaquer et je pris le premier tour de garde avec Bassim. Malgré nos divergences d’opinions, nous discutâmes tant et si bien que , lorsque nous reveillâmes nos compagnons pour le deuxième tour de garde, nous avons constaté que des bestioles nous avait bouffé des vivres et que nous n’en aurons plus assez jusque Oomis.

Qu’à cela ne tienne, notre Chasseresse Diane, toujours au taquet, décida qu’au petit matin , elle irait au supermarché de la plaine afin de nous trouver quelques bestioles à bacter. Sur ces bonnes paroles, et avec la certitude d’avoir à manger lorsque je me réveillerai, je m’endormis en pensant encore à la folle nuit passée à Lysor avec Ma chasseresse préférée…

Mais, forcément, il y a des jours où, quand ca doit merder, ca merde en beauté. Lorsque Tovar me réveille en me disant dans son Lémurien approximatif que Diane a des problèmes, mon sang n’a fait qu’un tour. Sans prendre le temps de réveiller mes autres compagnons, j’empoignais ma hache et , avec Tovar, nous sommes partis en courant en direction de l’Est.




Après quelques temps de course effrénée, j’aperçus enfin la nature du danger pour Diane.. Une espèce de dinosaure énorme qui avait pris pour cible de petit dej notre chasseresse. Je remarquai que la bestiole avait des flèches plantées dans le poitrail (Notre spécialiste de l’arc se serait elle vraiment améliorée?). Je poussais un hurlement afin de détourner la bestiole de Diane, mais la chair blanche et plantureuse de Diane était plus intéressante. Le temps que j’arrive au niveau de la bestiole , celle-ci avait prélevé un bon morceau de chair de Diane, ce qui a décuplé ma fureur…

Malgré sa vivacité et son endurance, ce lézard n’a pas tenu longtemps face à mes coups de hache et aux coups d’épées de Tovar. Une fois terrassée, pas le temps de se féliciter. Diane était vivante, mais en piteux état. Je la pris dans les bras , Tovar resta avec la carcasse pour éviter les charognard et je reparti en courant vers notre bivouac, où une fois arrivé (et après avoir reveillé Jorrick à coup de lattes dans le c…), il a pu s’occuper de notre chasseresse.

Pour ma part, je suis reparti chercher la carcasse du lézard (ben oui, les combats , ça creuse…) et le jour commençait à poindre sur les marais…

Sale journée en perspective….

mardi 4 décembre 2018

De l'autre côté du miroir...

Drôle d'expérience que ce passage à travers le portail, comme hors du temps et de l'espace... Je serais incapable de dire si ce transfert fut immédiat ou s'il prit quelques secondes, minutes ou même heures...

Nous nous trouvions désormais... ailleurs, dans un temple apparemment en construction et par les fenêtres duquel filtrait une douce et apaisante lumière, rehaussant l'éclat du marbre blanc des murs. Des échafaudages étaient montés ça et là devant des fresques en cours de réalisation. L'une d'elle notamment attira notre regard : celle d'un être aux traits anguleux, juché sur un trône ouvragé devant lequel se prosternait une foule, sous la surveillance d'un être ailé ressemblant à un démon. La représentation de ce souverain (ou de cette divinité) me fit immédiatement penser à un Roi-Sorcier, mais personne dans le temple ne semblait présent pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.
Sortant à l'air libre, nous nous retrouvâmes à flanc de falaise, dans laquelle le temple avait été en partie sculpté. Nous tombâmes nez à nez avec un sauvage vêtu d'un simple pagne qui prit immédiatement la fuite en hurlant des choses incompréhensibles le long d'un sentier qui serpentait vers une vallée boisée dans laquelle on pouvait voir, à quelque distance, s'élever les volutes de fumée indiquant la présence d'un village.

Suivant le chemin, nous arrivâmes au bout de quelques heures de marche en approche du village. Notre arrivée n'était manifestement pas passée inaperçue car des dizaines de guerriers, armés de lances rudimentaires (mais néanmoins suffisantes pour transpercer des gorges, si raffinées fussent-elles) sortirent des huttes alentours pour nous encercler.
Ils ne semblaient pas agressifs outre mesure, mais il était clair que nous n'étions pas en position de force, aussi en geste d'apaisement nous débarrassâmes-nous de nos propres armes, étant alors invités à les suivre dans une hutte plus large appartenant sans doute au chef du village.
Nos suppositions étaient fondées, encore que le chef fût en réalité UNE cheffe, probablement la doyenne du village.
Celle-ci s'adressa à nous en Commun, à notre grande surprise. Mais un Commun... approximatif, voire archaïque, qui faisait passer les saillies de Drogar pour des modèles d'éloquence. Elle restait toutefois compréhensible pour qui faisait l'effort et nous expliqua qui était son peuple et pourquoi il vivait dans cette vallée :
- Un individu qu'elle appelait "Le Maître" avait amené les siens en ces lieux qu'il avait lui-même créés, depuis plus de générations qu'il était possible de se remémorer de mémoire d'homme.
- Il leur avait demandé de préparer en son absence un temple à son honneur. C'était leur tâche et la raison de leur présence.
- Ils étaient régulièrement harcelés par des espèces de démons, dirigés par une Démone majeure.
- Un jour, le Maître reviendrait et les récompenserait pour leur fidélité et leur dévotion. Aucun villageois n'était toutefois né lors du dernier passage du Maître.
- Il y a trois nuits de cela, deux envoyés du Maître étaient apparus dans le temple. Ils les avaient défendus contre un assaut des démons et les avaient même repoussés. Le plus imposant d'entre eux était un homme d'âge mûr vêtu d'une robe magnifiquement travaillée, aux cheveux noirs hirsutes formant comme une crinière... Les deux hommes étaient désormais plus bas dans la vallée, accompagnés d'une guide. Il avaient promis aux villageois de les délivrer des démons.

La description de "l'envoyé" et l'intervalle de temps laissaient peu de place pour croire à une coïncidence : il s'agissait vraisemblablement d'Ajaskar, quant au "Maître" j'étais désormais quasi certain qu'il s'agissait bien d'un Roi-Sorcier, auquel cas les simplets pouvaient attendre son retour encore une tannée de générations...
Mais cela ne nous concernait que peu, notre mission (et notre intérêt) étant de trouver le sorcier au style capillaire douteux.
Afin de s'assurer de la coopération des primitifs, nous nous fîmes également passer pour des envoyés du Maître venus pour épauler nos camarades dans la lutte contre les démons. Mensonge qui fut gobé dans son intégralité, voire digéré et assimilé ! Ce qui me serait utile plus tard...
La doyenne nous indiqua par ailleurs où trouver le frère de la guide d'Ajaskar, qui pourrait nous indiquer où le trouver.
Le frangin accepta effectivement de nous emmener retrouver sa frangine. Je crois me souvenir d'une escarmouche contre les "démons" (au mieux quelques diablotins contrefaits) chemin faisant mais le cas échéant cela fut si vite expédié que je n'en suis même pas sûr...
Après deux nouvelles heures de marche, nous retrouvâmes enfin le fameux Ajaskar, son apprenti et leur guide, dans une petite clairière au fin fond de la forêt. Ajaskar était fidèle aux descriptions qui nous en avaient été faites, et tout dans son apparence trahissait le mage de premier plan.
Passée la surprise (d'où semblait poindre une pointe de contrariété ?) de voir des êtres venant de son plan, nous lui exposâmes le problème de l'Orbe qui nous avait mis à sa recherche ainsi que l'inquiétude royale.
Autant ne manifestait-il pas particulièrement de préoccupation à l'évocation de cette dernière, autant la mention de notre artefact éveillait clairement sa curiosité. Lorsque nous lui présentâmes l'objet en question, il l'étudia avec un oeil gourmand et assuré qui lui fit rendre rapidement un verdict : il s'agissait là d'un Orbe de Mutation, objet puissant créé par les Rois-Sorciers. Il était étonné que nous ayons été en mesure non seulement de nous en procurer un, mais encore plus de l'activer. A sa décharge, les êtres de ma puissance ne couraient pas les rues...
Il nous indiqua toutefois qu'il lui était tout à fait possible de le désactiver, si nous étions prêts en échange à l'aider à vaincre les démons de ce plan. Il se déclara en outre en mesure de nous faire repartir de la vallée, la mort de la Démone étant apparemment une condition sine qua non.
N'ayant rien de plus urgent de prévu, et désireux à la fois de ramener le sorcier et de ne pas finir nos jours dans ce trou (trou verdoyant, certes, mais trou tout de même), nous agréâmes.

Alors que le sorcier lançait une invocation afin de désactiver l'orbe, son apprenti nous prit à part. Il nous indiqua que la mort de la Démone n'était absolument pas nécessaire pour repartir... et qu'il soupçonnait son maître de vouloir s'emparer des lieux (et de leurs habitants) pour les faire siens. Il était pour sa part désireux de libérer les villageois des démons (d'autant qu'il était tombé amoureux de sa guide, sentiment apparemment partagé) mais était moins de les voir assujettis au mage.

Cette information nous remplit de perplexité mais avant que nous ayons pu nous concerter sur la marche à suivre, Ajaskar revint vers nous pour nous signifier que le globe était désormais désactivé, et que seul lui désormais pourrait le rendre de nouveau opérationnel. Il nous proposa ensuite de procéder à un rituel qui nous protégerait en partie des démons, avant de lancer l'assaut le soir venu.

Cela nous laissait quelques heures devant nous. Impossible toutefois de nous réunir sans éveiller les soupçons du sorcier... j'entrepris donc de joindre l'utile à l'agréable : alors que mes compagnons faisaient... peu importe en fait, je remontai avec mon guide au village et retournai voir la doyenne pour un entretien individuel qui pourrait m'apporter beaucoup si je savais m'y prendre...

Je revins à temps pour le rituel auquel je contribuai. Peu de temps après, l'un des villageois vint nous informer, affolé, qu'un contingent d'un nombre sans précédent de démons était parti en direction du village. C'était l'occasion que nous attendions : espérant que les villageois sauraient tenir le coup (espoir tout sauf désintéressé pour ma part), nous nous mîmes en route vers la caverne dans laquelle la Démone se terrait. En revanche, nous n'avions toujours pas décidé de ce que nous allions faire !
Arrivés aux abords de la grotte et devant notre indécision, l'apprenti et sa primitive chérie prirent le parti de fuir, Diane se lançant à leurs trousses. Pendant ce temps, le reste de notre groupe s'avançait précautionneusement, jusqu'à parvenir à une espèce de cratère percé de centaines d'alcôves, chacune abritant un ou plusieurs diablotins. Au centre de la pièce, un immense être ailé, aux traits féminins étirés par l'âge et les combats, veillait sur eux tel une mère aimante.
Toujours pétris d'incertitude, nous ne prîmes pas garde au fait que ses aptitudes démoniaques lui avaient permis de nous repérer depuis le début. Quel fut notre effroi lorsque, balayant nos réflexions, elle s'adressa directement à nous comme si nous nous étions présentés ouvertement...
Cela ne fit qu'ajouter à la confusion de nos esprits. Communiquant par geste aucun de nous ne semblait certain de la décision à prendre, et des conséquences que cela entraînerait.
Sentant notre loyauté flancher (ou n'ayant plus probablement jamais complètement compté dessus), Ajaskar nous prit de cours. Alors que nous avions remarqué un peu tard qu'il n'était pas avec nous dans le cratère (en tout cas, selon les apparences), il s'avança pour négocier avec la Démone. A notre détriment bien sûr... et lui promettant de lui permettre de réintégrer notre plan en toute liberté, ce dont elle rêvait par dessus tout.
La situation prenait un tournant catastrophique.
Je ne sais plus ce qui déclencha le chaos qui s'ensuivit. Peut-être même fut-ce moi ? Tout s'enchaîna en une fraction de seconde. Je me revois lancer une illusion sur la Démone : "Ajaskar" l'attaquait ! Elle intima aussitôt à ses mignons d'attaquer le sorcier, incrédule. Mais alors qu'il esquissait à peine une protestation sidérée et que des nuées démoniaques prenaient leur envol, Diane revenue du diable vauvert décochait un tir d'une précision parfaite dans sa direction !
Aucune explication rationnelle ne saurait justifier le réflexe de survie du mage qui, alors que la flèche semblait filer droit vers son cœur, saisit la Démone pour s'en servir comme bouclier. Le trait s'enfonça dans la chair corrompue, arrachant à l'être séculaire un hurlement inhumain. Les diablotins se figèrent et, alors que leur génitrice sentait son essence vitale s'échapper, se ratatinèrent comme s'ils se desséchaient de l'intérieur.
Lorsqu'elle rendit son dernier souffle, ils se désagrégèrent comme des morceaux de parchemin brûlés sous le souffle d'une tempête.
Nous restâmes tous figés quelques instants, stupéfaits devant le spectacle auquel nous venions d'assister. Mais déjà Ajaskar reprenait ses esprits, préparant un assaut magique qui s'annonçait meurtrier.
C'était sans compter sur Diane, décidément inspirée par les Dieux mêmes.
Alors que nous peinions à esquisser le moindre geste de défense elle avait déjà, imperturbable, encoché une nouvelle flèche avec un regard d'acier et, sans ciller, comme si elle était la Mort faite femme, relâché la corde qui expédia son mortel projectile. Le destin d'Ajaskar était de mourir de la main de notre chasseresse, et il ne pouvait repousser l'inéluctable une seconde fois.
Le redoutable mage n'avait pas eu l'ombre d'une chance face à notre archère. Il était mort avant de tomber au sol.

Récupérer de ce nouveau coup d'éclat (et de la scène dans son ensemble) nous demanda de longs instants. Mais nous reprîmes finalement le dessus, bien qu'encore un peu abasourdis. Après avoir fouillé le sorcier et le cratère, nous repartîmes vers le village, désormais libéré de ses démoniaques agresseurs.
La liesse, bien que tempérée par les pertes subies, fut générale. La toute-puissance de Zaggath fut scandée (à la surprise de mes compagnons...) et nos noms révérés.

Il nous fallu quelques jours pour nous remettre de nos émotions, ce qui me permit de dresser les commandements à suivre de ce peuple nouvellement acquis à mon Dieu... et par extension à moi (un peu à mes camarades aussi... de manière plus marginale certes, mais tout de même !)

Le Conseil du village se réunit pour décider du futur de la tribu : rester dans leur vallée, à l'abri du monde extérieur pour toujours ? Ou au contraire y retourner pour s'y trouver une place ? Sur mes recommandations (qui commençaient déjà à faire autorité), il fut acté que la décision devait être individuelle. La quasi totalité de mes ouailles choisit de rester sur place. Seule une poignée de villageois, parmi les plus jeunes et les plus téméraires, choisirent de partir tenter leur chance dans notre monde.

L'apprenti n'avait pas menti : il était bien en mesure de nous faire rentrer dans la tour, désormais débarrassée de ses enchantements et dont il se proposait de prendre possession. Nous ne fîmes aucune difficulté pour accéder à sa requête (encore que je n'aurais pas dédaigné de devenir propriétaire d'une tour sur Thulé... mais ne soyons pas trop gourmand !)

Après de rapides au revoir, nous délivrâmes les servants d'Ajaskar et retournâmes au Palais de Zalut pour informer le Capitaine du malencontreux décès du sorcier, officiellement sous les coups de la démone... Notre commanditaire fut fort surpris de cette issue, mais avions-nous des raisons de mentir ?

Nous fûmes récompensés à la mesure des services rendus, munis de nouveaux objets magiques, d'un peu de temps libre... et d'un monde à part qui ne demandait qu'à croire en un Dieu Incandescent, et à son Messie.

Note pour moi-même : ne plus prendre Diane à la légère...

Tour et tours

Les scorpions occis, nous avions désormais les coudées franches pour rejoindre Thulé, projet dont l'urgence semblait croître à mesure que les effets de l'Orbe s'amplifiaient.

Nous n'eûmes pas grand mal à trouver un navire pour nous emmener sur ces rives légendaires, certains bateaux s'étant manifestement spécialisés dans le rôle de navettes. Malgré mes réticences à embarquer (je n'ai jamais été très à l'aise sur l'eau... il faut dire que pour un Mage du Feu, ça reste cohérent !), je n'avais pas trop le choix, et le jeu en valait de toute façon la chandelle !
Nous n'étions pas les seuls à bord d'ailleurs : une foule disparate et hétéroclite se pressait sur les quais, principalement des marchands désireux d'exporter leurs produits vers l'île qui, par sa position géographique, semblait largement dépendre des imports pour subsister (pardonnez cette digression commerciale, vieux reste de réflexe professionnel de mon ancienne vie).
D'autres voyageurs avaient un profil plus atypique, notamment cette superbe créature au teint hâlé et au regard incandescent qui ne cessait de me dévisager. Mes camarades me firent à ce sujet quelques remarques que je ne compris pas, mais leur ton suggérait quelque grivoiserie qui ne m'aurait guère étonné de leur part. De mon côté j'étais surtout inquiet que ce ne fût pas tant ma personne que le contenu de mon paquetage qui l'intéressait. J'entrepris une contre-analyse qui se révéla fort intéressante : en effet, en mettant ma paranoïa de côté je pus discerner des similitudes fortes entre l'aura de la jeune femme et la mienne, jusqu'à devoir m'incliner devant l'évidence : j'étais face à une servante de Zaggath ! Une consœur, en somme.

Sans doute était-ce ce qui l'intriguait chez moi, ce qu'elle me confirma en feignant de me croiser par hasard au détour d'un couloir. La discussion s'engagea, très formelle. Nous convînmes bientôt de nous rencontrer dans un cadre plus discret afin de pouvoir échanger plus librement. Ce rendez-vous déclencha une nouvelle salve de quolibets de la part de mes compagnons, dont je n'étais là encore pas sûr de saisir toutes les subtilités (ou l'absence de subtilité pour certains).

Ainsi fut fait : je rejoignis le soir même l'acolyte dans sa cabine, sous la bonne garde de deux colosses à la stature "Drogarienne" qui restèrent à la porte.
La jeune femme, du nom de Jamara, s'ouvrit assez volontiers à moi sur son parcours : son enfance d'esclave puis de prostituée, son recueil et sa sauvegarde par le culte de Zaggath avant d'entrer directement au service... de Methyn Sarr.
Ce nom me coupa le souffle, même si je n'en laissai rien paraître. La légendaire Reine-Sorcière, rien que cela ! Du coup, l'intensité de l'aura de mon interlocutrice s'expliquait (pas aussi puissante que la mienne, bien sûr... mais suffisamment proche pour que cela m'interpelle), ainsi que celle de son regard où semblait brûler une ferveur à la limite de la folie. Ressemblais-je à cela quand je parlais de ma foi ? Cela remettait pas mal de choses en perspective...
Nous passâmes toute la nuit à discuter à bâtons rompus sur nos vies (j'omis volontairement la vraie nature de notre venue à Thulé) et nos visions de la foi, le temps passant à une vitesse incroyable.
Mon retour au petit matin auprès de mes camarades me valut de nombreux sourires entendus ainsi qu'une grande tape dans le dos.
Je supposai qu'ils étaient contents de me voir sympathiser avec des personnes extérieures au groupe.

L'arrivée à Zalut, enfin ! 
Zalut... Tout un poème ! Ses hautes tours dégueulant d'énergie magique, ses boutiques mystiques mieux achalandées que les meilleures échoppes d'Oomis, ses bibliothèques foisonnantes (et dont pourtant les meilleures restaient, d'après les rumeurs, cachées aux yeux du nouvel arrivant...) !
Heureux comme un mage à Zalut, voilà une expression qui pouvait faire sens ! 
Cela semblait également convenir à notre Alchimiste qui revenait ainsi sur son sol natal.

Hélas, nous n'avions pour l'heure que peu de temps pour flâner. Suite aux recommandations de la Grande Prêtresse d'Afyra de Lysor, nous nous rendîmes chez son homologue zalutienne. Celle-ci nous fut bien plus utile qu'un sort de soin sur un tabouret, fouyaya ma bonne dame vous n'avez pas idée, allant jusqu'à nous délivrer un laisser-passer pour le Capitaine de la Garde afin de rencontrer un certain Ajaskar, sorcier officiel de la Cour et expert ès artefacts.

Direction cette fois vers le Palais, donc. Mais comme rien ne semblait jamais pouvoir se passer simplement, une fois arrivés sur place le Capitaine nous indiqua que ledit Ajaskar manquait à l'appel depuis des jours, ayant même manqué des rencontres officielles...
Nous suggérâmes d'aider à le retrouver, puisque c'était dans notre intérêt direct ; notre proposition fut acceptée de bonne grâce et le soldat nous indiqua que le disparu avait été vu pour la dernière fois rentrant dans sa tour...

C'était un bon endroit pour commencer les recherches, et une bonne excuse pour pénétrer dans le bastion d'un sorcier réputé !

La Tour n'était en soi pas dure à trouver. Un bâtiment aux apparences assez décevantes, somme toute : ronde, architecture peu élaborée, trois étages. En revanche pas besoin d'être un cador pour déterminer que de puissants sorts étaient à l'oeuvre à l'intérieur.
D'ailleurs le premier "hic" survint lorsqu'à l'intérieur, nous nous aperçûmes qu'il nous était impossible de ressortir... Nous étions donc condamnés à aller de l'avant. Le deuxième problème était que la première salle du rez-de-chaussée comportait quelques cadavres mutilés, ce qui est rarement signe de bon accueil. Et en effet, à peine entrés dans la pièce, deux statues léonines se mirent à s'animer et à se ruer vers nous... 
Le moins qu'on puisse dire est que nous étions peu armés face à ce type d'ennemi : les lames et bâtons semblaient fort peu efficaces, tandis que les flèches n'avaient quant à elles aucun effet... Seul notre alchimiste disposait d'une arme à même de fracasser la pierre, mais connaissant sa légendaire précision... 
Diane trouva le moyen d'y remédier : je l'aidais à décrocher une tenture située dans le fond de la pièce afin de recouvrir les lions. Drogar, toujours adepte des solutions radicales, arracha un bout du plafond en voulant leur faire tomber le lourd lustre dessus (ceci dit... l'un dans l'autre, objectif atteint !).
Et là, miracle : devant des adversaires aveuglés et immobilisés, l'alchimiste put enfin jouer de sa masse et réduire en miettes les statues. Son heure de gloire était enfin arrivée.

Reprenant notre exploration, nous découvrîmes le couloir de service qui nous mena aux cuisines. Là, prostrés les uns contre les autres, se tenaient trois gueux affolés : deux serviteurs d'Ajaskar et un messager du roi, tous bloqués dans l'enceinte de la tour comme nous l'étions... 
Une fois rassurés sur nos intentions, ils nous apprirent que le sorcier manquait depuis plusieurs jours, ainsi que son apprenti.
Ils avaient été aperçus pour la dernière fois dans les étages supérieurs, où nous pourrions trouver notamment leurs chambres, un laboratoire... mais également le familier du maître, une chimère peu connue pour sa sympathie et son humour potache.

"Un homme averti en vaut deux", dit-on. C'est donc à dix (ou équivalent) que nous gravîmes les étages. La chambre d'Ajaskar, richement décorée, nous permit de mettre la main sur différentes fioles ainsi que sur son grimoire, dont je m'emparais avec avidité. Celle de l'apprenti était bien plus modeste et ne contenait que quelques parchemins ornés de motifs ésotériques peu clairs. Dans le salon nous eûmes maille à partir avec le familier qui avait la propriété peu commune de se démultiplier ! 

L'alchimiste, chaud patate après avoir détruit des créatures immobiles, découvrit une statuette à l'effigie de la chimère et sur une bonne intuition, détruisit cette dernière ; cela eut pour effet d'anéantir la créature qui sembla se vaporiser sous nos yeux.

Au dernier étage se trouvait le laboratoire. Celui-ci comprenait notamment, parmi un important bric-à-brac d'objets à l'intérêt tout relatif, un autel qui avait manifestement servi il y a peu. Je lançai un sort de divination pour déterminer les derniers événements ayant eu lieu dans cette pièce. 
Très vite, les images d'un mage hirsute à la robe sombre m'apparurent. Il recevait avec excitation livraison d'un imposant colis protégé dans une longue caisse de bois. Plus tard, je le vis tenter via divers sacrifices sur l'autel de percer certains mystères, avec peu d'effet. Son apprenti, en revanche, eut plus de succès : en le voyant étudier divers symboles, je compris qu'ils avaient un lien avec l'immense miroir situé au fond de la pièce (miroir qui devait vraisemblablement constituer le contenu de la caisse entraperçue auparavant). Lien que le jeune homme résolva manifestement, à voir sa réaction. Une autre scène m'apparut où Ajaskar, psalmodiant, activait successivement certains des symboles qui ornaient le miroir : cela sembla avoir pour effet de créer un portail dans lequel le mage s'engouffra, mettant fin à mes visions.

La suite des événements s'imposa d'elle-même : je ne tardais pas à retrouver la logique permettant d'activer le miroir, qui fit alors apparaître l'image d'un temple baigné de soleil. Badrakil ne se fit pas prier jouer les cobayes et disparut sous nos yeux. Nous le suivîmes bientôt tous, espérant que ce portail n'était sans retour... 

Pariah parmi l'équipage...



Historiquement, mon Peuple est attaché à la Terre. La Mer a toujours été une énigme, étrange étendue de liquide, indéfinissable, insondable. Il n’est aucune légende chez les Centaures qui parle du Royaume de Poseidon comme d’un lieu accueillant, comme d’un havre, tel qu’il peut l’être pour les tritons et les sirènes.

A cause de ma carrure, le capitaine de l’Argos m’avait assigné à la tringlerie. Sur le pont, je devais aider aux manœuvres courantes : hisser les voiles, affaler les vergues, régler les écoutes… J’aurais été peu à l’aise dans les cales, au milieu des rameurs… 

Ça avait été quelque chose, de prendre la mer à bord du légendaire Argos. Le capitaine avait l’air de savoir ce qu’il faisait, en vieux loup de mer ayant fait partie de la première expédition du Roi Jason.
D’ailleurs, ce dernier semblait avoir retrouvé sa jeunesse, cheveux aux vents, entouré de ses nouveaux et vaillants « argonautes ».

Lorsque je ne manœuvrais pas sur le pont, je méditais. Je priais Apollon, pour que le temps soit favorable. J’admirais aussi les paysages marins, tous plus incroyables les uns que les autres. C’était certainement ce que je préférais dans le fait d’avoir pris la mer. Je ne suis pas aventureux de nature, mais les beautés de la Mer Egée ne me laissent définitivement pas de marbre.



La plupart de mes compagnons se fondaient totalement dans la masse d’armures et de muscles composant l’équipage. D’autres – j’en faisais partie, dénotaient quelque peu.
Un ophidien s’entretenait régulièrement avec les plus sages des conseillers du Roi. 
Deux amazones, à l’écart, dissertaient sur la meilleure manière de dépecer le poisson. 
Une jeune femme aux cheveux d’un rouge flamboyant – j’appris plus tard qu’elle se nommait Lyn, allait çà et là pour tenter d’apporter son aide. Lorsque nos regards se croisèrent, et que j’aperçus la forme vipérine de ses yeux, je sus que son ascendance n’avait rien de banale… ce qui était certainement le cas d’un mastodonte de chair posté à bâbord, le regard perdu vers les vagues. Je ne l’avais pas remarqué jusqu’alors, persuadé d’ailleurs qu’il n’avait pas pris part aux épreuves d’avant le départ, mais Ô Pêre Divin ! Qu’il était impressionnant ! Sans pour autant pouvoir me toiser, il avait une belle taille, bien supérieure à nombre des argonautes, et semblait incroyablement à l’aise sur le vaisseau. Ses muscles saillants auraient fait frémir Héphaïstos, et sa peau presque écailleuse semblait une cuirasse impénétrable.

  
Les premiers jours de voyage furent presque monotones. A vrai dire, seuls quelques panoramas et surtout les pitreries du jeune éphèbe que j’avais défait lors de l’épreuve de Soma m’arrachèrent un sourire, en particulier lorsqu’il faillit passer par-dessus bord après s’être mis en tête de faire la cour aux amazones…

Toutefois, celui-ci fit preuve d’une indéniable perspicacité, lorsqu’au troisième jour, à l’approche d’un chapelet d’îles, une frêle embarcation s’approcha de l’Argos. A son bord, une jeune femme héla notre équipage, et le Roi Jason fit aborder l’esquif. La demoiselle monta à bord, et réclama notre aide pour repousser un groupe de pirates qui avait fait main mise sur son île, tuant tous les hommes et les adolescents, s’accaparant les femmes et les traitant désormais comme du bétail.
Lorsque je pense à ma relation avec les Hommes, c’est typiquement ce genre d’individu qui me vient à l’esprit. L’idée qu’un peuple soit aussi à même de faire souffrir son parent me révulse…
L’éphèbe dont je parlais plus haut discerna alors quelque chose d’étrange : la demoiselle devant nous n’était autre qu’un jeune homme grimé, et cette constatation déplut fortement au Roi Jason. Toutefois, les explications de l’adolescent furent à propos : seuls quelques jeunes mâles avaient survécu en se faisant passer pour une femme et, aussi incroyable que cela puisse paraître, celui-ci avait jusqu’alors réussi à éviter les ardeurs de pirates qui auraient forcément mise à mal sa couverture… 

La décision fut prise d’accoster dans une crique peu surveillée, et d’envoyer un contingent au plus près d’un fortin, au centre de l’île, censé abriter les malandrins. Lyn, le colosse, l’éphèbe, et moi-même, faisions partie du corps de l’expédition chargé  de trouver la partie de l’enceinte la plus propice à une entrée discrète. Le reste de l’expédition avait pour tâche de forcer les pirates à sortir du fort en les provoquant devant l’entrée principale. 

Lorsque les premières clameurs de bataille venant de l’autre côté du bastion se firent entendre, l’éphèbe se faufila jusqu’à un point fragile de la palissade, y noua une corde, et revint sur ses pas pour en confier l’extrémité au colosse et à moi-même. Il ne nous fallut que peu de temps pour faire jouer nos muscles et briser comme de l’os les fragiles rondins. 

Lyn s’engouffra dans le fort, suivi du reste du groupe, et nous arrivâmes rapidement, à la faveur de la diversion, à prendre en tenaille les pirates aux prises avec les argonautes. L’éphèbe, dont je n’ai toujours pas retenu le nom, fila s’occuper des rares sentinelles, et s’il se révéla incroyablement mauvais une arme à la main, il fit preuve là encore de ressources insoupçonnées en envoyant valser par-dessus la palissade les soldats qui ne l’avaient pas senti venir.
Le colosse dégommait à tout va, prenant sans difficulté deux ennemis à lui seul, mais Lyn semblait difficilement réussir à contenir un de ses adversaires. Sa technique à la lance et au bouclier l’empêchait bien de subir des assauts répétés, mais son adversaire faisait montre d’une dextérité telle que, fatiguant, baissant de plus en plus sa garde, elle subit un sale coup au flanc droit.
De mon côté, l’écume aux lèvres, je fouettais l’air de ma masse, brisant les os de ces êtres pathétiques, archétypes de ce que j’abhorre le plus dans la race humaine, hautaine et prétentieuse, irrévérencieuse et stupide. J’achevais dans un gargouillis mon adversaire direct et m’interposai près de Lyn, perturbant suffisamment le duel pour qu’elle occise le sien. 

Le groupe de pirates, ayant largement le dessous, se débanda. Seuls quelques commandants, ainsi que leur chef, rendirent les armes et se constituèrent prisonniers. Et là, alors que le cor victorieux des argonautes retentissait, je me laissai gagner par la rage, et je poursuivis les déserteurs jusque dans les bois, exultant à chaque coup frappé et à chaque crâne éclaté, disparaissant aux yeux de mes compagnons restés à l’entrée du bastion…