mardi 4 décembre 2018

Tour et tours

Les scorpions occis, nous avions désormais les coudées franches pour rejoindre Thulé, projet dont l'urgence semblait croître à mesure que les effets de l'Orbe s'amplifiaient.

Nous n'eûmes pas grand mal à trouver un navire pour nous emmener sur ces rives légendaires, certains bateaux s'étant manifestement spécialisés dans le rôle de navettes. Malgré mes réticences à embarquer (je n'ai jamais été très à l'aise sur l'eau... il faut dire que pour un Mage du Feu, ça reste cohérent !), je n'avais pas trop le choix, et le jeu en valait de toute façon la chandelle !
Nous n'étions pas les seuls à bord d'ailleurs : une foule disparate et hétéroclite se pressait sur les quais, principalement des marchands désireux d'exporter leurs produits vers l'île qui, par sa position géographique, semblait largement dépendre des imports pour subsister (pardonnez cette digression commerciale, vieux reste de réflexe professionnel de mon ancienne vie).
D'autres voyageurs avaient un profil plus atypique, notamment cette superbe créature au teint hâlé et au regard incandescent qui ne cessait de me dévisager. Mes camarades me firent à ce sujet quelques remarques que je ne compris pas, mais leur ton suggérait quelque grivoiserie qui ne m'aurait guère étonné de leur part. De mon côté j'étais surtout inquiet que ce ne fût pas tant ma personne que le contenu de mon paquetage qui l'intéressait. J'entrepris une contre-analyse qui se révéla fort intéressante : en effet, en mettant ma paranoïa de côté je pus discerner des similitudes fortes entre l'aura de la jeune femme et la mienne, jusqu'à devoir m'incliner devant l'évidence : j'étais face à une servante de Zaggath ! Une consœur, en somme.

Sans doute était-ce ce qui l'intriguait chez moi, ce qu'elle me confirma en feignant de me croiser par hasard au détour d'un couloir. La discussion s'engagea, très formelle. Nous convînmes bientôt de nous rencontrer dans un cadre plus discret afin de pouvoir échanger plus librement. Ce rendez-vous déclencha une nouvelle salve de quolibets de la part de mes compagnons, dont je n'étais là encore pas sûr de saisir toutes les subtilités (ou l'absence de subtilité pour certains).

Ainsi fut fait : je rejoignis le soir même l'acolyte dans sa cabine, sous la bonne garde de deux colosses à la stature "Drogarienne" qui restèrent à la porte.
La jeune femme, du nom de Jamara, s'ouvrit assez volontiers à moi sur son parcours : son enfance d'esclave puis de prostituée, son recueil et sa sauvegarde par le culte de Zaggath avant d'entrer directement au service... de Methyn Sarr.
Ce nom me coupa le souffle, même si je n'en laissai rien paraître. La légendaire Reine-Sorcière, rien que cela ! Du coup, l'intensité de l'aura de mon interlocutrice s'expliquait (pas aussi puissante que la mienne, bien sûr... mais suffisamment proche pour que cela m'interpelle), ainsi que celle de son regard où semblait brûler une ferveur à la limite de la folie. Ressemblais-je à cela quand je parlais de ma foi ? Cela remettait pas mal de choses en perspective...
Nous passâmes toute la nuit à discuter à bâtons rompus sur nos vies (j'omis volontairement la vraie nature de notre venue à Thulé) et nos visions de la foi, le temps passant à une vitesse incroyable.
Mon retour au petit matin auprès de mes camarades me valut de nombreux sourires entendus ainsi qu'une grande tape dans le dos.
Je supposai qu'ils étaient contents de me voir sympathiser avec des personnes extérieures au groupe.

L'arrivée à Zalut, enfin ! 
Zalut... Tout un poème ! Ses hautes tours dégueulant d'énergie magique, ses boutiques mystiques mieux achalandées que les meilleures échoppes d'Oomis, ses bibliothèques foisonnantes (et dont pourtant les meilleures restaient, d'après les rumeurs, cachées aux yeux du nouvel arrivant...) !
Heureux comme un mage à Zalut, voilà une expression qui pouvait faire sens ! 
Cela semblait également convenir à notre Alchimiste qui revenait ainsi sur son sol natal.

Hélas, nous n'avions pour l'heure que peu de temps pour flâner. Suite aux recommandations de la Grande Prêtresse d'Afyra de Lysor, nous nous rendîmes chez son homologue zalutienne. Celle-ci nous fut bien plus utile qu'un sort de soin sur un tabouret, fouyaya ma bonne dame vous n'avez pas idée, allant jusqu'à nous délivrer un laisser-passer pour le Capitaine de la Garde afin de rencontrer un certain Ajaskar, sorcier officiel de la Cour et expert ès artefacts.

Direction cette fois vers le Palais, donc. Mais comme rien ne semblait jamais pouvoir se passer simplement, une fois arrivés sur place le Capitaine nous indiqua que ledit Ajaskar manquait à l'appel depuis des jours, ayant même manqué des rencontres officielles...
Nous suggérâmes d'aider à le retrouver, puisque c'était dans notre intérêt direct ; notre proposition fut acceptée de bonne grâce et le soldat nous indiqua que le disparu avait été vu pour la dernière fois rentrant dans sa tour...

C'était un bon endroit pour commencer les recherches, et une bonne excuse pour pénétrer dans le bastion d'un sorcier réputé !

La Tour n'était en soi pas dure à trouver. Un bâtiment aux apparences assez décevantes, somme toute : ronde, architecture peu élaborée, trois étages. En revanche pas besoin d'être un cador pour déterminer que de puissants sorts étaient à l'oeuvre à l'intérieur.
D'ailleurs le premier "hic" survint lorsqu'à l'intérieur, nous nous aperçûmes qu'il nous était impossible de ressortir... Nous étions donc condamnés à aller de l'avant. Le deuxième problème était que la première salle du rez-de-chaussée comportait quelques cadavres mutilés, ce qui est rarement signe de bon accueil. Et en effet, à peine entrés dans la pièce, deux statues léonines se mirent à s'animer et à se ruer vers nous... 
Le moins qu'on puisse dire est que nous étions peu armés face à ce type d'ennemi : les lames et bâtons semblaient fort peu efficaces, tandis que les flèches n'avaient quant à elles aucun effet... Seul notre alchimiste disposait d'une arme à même de fracasser la pierre, mais connaissant sa légendaire précision... 
Diane trouva le moyen d'y remédier : je l'aidais à décrocher une tenture située dans le fond de la pièce afin de recouvrir les lions. Drogar, toujours adepte des solutions radicales, arracha un bout du plafond en voulant leur faire tomber le lourd lustre dessus (ceci dit... l'un dans l'autre, objectif atteint !).
Et là, miracle : devant des adversaires aveuglés et immobilisés, l'alchimiste put enfin jouer de sa masse et réduire en miettes les statues. Son heure de gloire était enfin arrivée.

Reprenant notre exploration, nous découvrîmes le couloir de service qui nous mena aux cuisines. Là, prostrés les uns contre les autres, se tenaient trois gueux affolés : deux serviteurs d'Ajaskar et un messager du roi, tous bloqués dans l'enceinte de la tour comme nous l'étions... 
Une fois rassurés sur nos intentions, ils nous apprirent que le sorcier manquait depuis plusieurs jours, ainsi que son apprenti.
Ils avaient été aperçus pour la dernière fois dans les étages supérieurs, où nous pourrions trouver notamment leurs chambres, un laboratoire... mais également le familier du maître, une chimère peu connue pour sa sympathie et son humour potache.

"Un homme averti en vaut deux", dit-on. C'est donc à dix (ou équivalent) que nous gravîmes les étages. La chambre d'Ajaskar, richement décorée, nous permit de mettre la main sur différentes fioles ainsi que sur son grimoire, dont je m'emparais avec avidité. Celle de l'apprenti était bien plus modeste et ne contenait que quelques parchemins ornés de motifs ésotériques peu clairs. Dans le salon nous eûmes maille à partir avec le familier qui avait la propriété peu commune de se démultiplier ! 

L'alchimiste, chaud patate après avoir détruit des créatures immobiles, découvrit une statuette à l'effigie de la chimère et sur une bonne intuition, détruisit cette dernière ; cela eut pour effet d'anéantir la créature qui sembla se vaporiser sous nos yeux.

Au dernier étage se trouvait le laboratoire. Celui-ci comprenait notamment, parmi un important bric-à-brac d'objets à l'intérêt tout relatif, un autel qui avait manifestement servi il y a peu. Je lançai un sort de divination pour déterminer les derniers événements ayant eu lieu dans cette pièce. 
Très vite, les images d'un mage hirsute à la robe sombre m'apparurent. Il recevait avec excitation livraison d'un imposant colis protégé dans une longue caisse de bois. Plus tard, je le vis tenter via divers sacrifices sur l'autel de percer certains mystères, avec peu d'effet. Son apprenti, en revanche, eut plus de succès : en le voyant étudier divers symboles, je compris qu'ils avaient un lien avec l'immense miroir situé au fond de la pièce (miroir qui devait vraisemblablement constituer le contenu de la caisse entraperçue auparavant). Lien que le jeune homme résolva manifestement, à voir sa réaction. Une autre scène m'apparut où Ajaskar, psalmodiant, activait successivement certains des symboles qui ornaient le miroir : cela sembla avoir pour effet de créer un portail dans lequel le mage s'engouffra, mettant fin à mes visions.

La suite des événements s'imposa d'elle-même : je ne tardais pas à retrouver la logique permettant d'activer le miroir, qui fit alors apparaître l'image d'un temple baigné de soleil. Badrakil ne se fit pas prier jouer les cobayes et disparut sous nos yeux. Nous le suivîmes bientôt tous, espérant que ce portail n'était sans retour... 

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