jeudi 5 juillet 2018

Heroquest revival : cinq garçons dans l'donjon.



L’archimage entra dans la salle, et le silence se fit. Non pas que cette promotion d’apprentis aventuriers fut particulièrement studieuse, mais le vieil homme dégageait une aura naturelle qu’accentuait son air particulièrement renfrogné du jour. 

« Bien ! s’écria-t-il, ouvrez vos grimoire, page 73, chapitre 4.
Malestroit, lisez nous le titre. »

Le jeune homme trouva la page et se racla la gorge : 

« De la fatalité en exploration : cas typique de Loi de Murphy appliquée en Donjon »

« Excellent ! » lança l’Archimage, avant de s’interrompre en voyant la main levée du jeune Piedfin, un hobbit qui n’avait de fin que le pied…

« Maître, c’était un de vos amis, Murphy ? »

La classe entière éclata de rire. 

« Monsieur Piedfin, tout ce que je sais, c’est que c’était quelqu’un qui avait tellement la poisse que de dépit, après une énième déconfiture, il déclara : « Ça peut toujours aller de mal en pis ! »
Pour votre information, je ne connaissais pas cet homme. Mais depuis ce jour, a été édictée  une Loi qui dit en substance que « tout ce qui doit tourner mal, tournera forcément mal »

Pour en parler, laissez-moi vous narrer les aventures éphémères d’un groupe d’aventurier, la fine fleur du pays, l’espoir de la nation… Un lanceur de sorts à l’aura magique inégalable, un elfe de la nuit à la beauté sombre et au charisme certain, un nain courageux à la hache tranchante, et un barbare huileux au slip saillant.
Ils s’aventurèrent un jour dans un Donjon obscur à la recherche d’une gargouille maléfique terrorisant la région. Forts de leurs talents et triés sur le volet, ils étaient certains de pouvoir affronter les dangers qui les attendaient. 

Mais dès le début, les choses ne se déroulèrent pas comme prévu. 

L’enchanteur descendit le premier l’escalier pour se prendre, le pied à peine posé, une flèche dans le mollet.
Fort heureusement, ses compagnons en avaient vu d’autres…
L’elfe sortit de la pièce et s’engagea dans un couloir, pour se trouver nez à nez avec un orc hideux, auquel, sans se démonter, il décocha deux traits d’ombre. La magie des ténèbres se dissipa immédiatement, et il se retrouva sans défense devant le verdâtre ennemi. Il faut dire que manier des forces sombres lorsqu’on a une beauté et une aura tellement lumineuse, cela ne va pas sans besoin de quelque… ajustement. 

Heureusement pour lui, et c’est là qu’il est notable de souligner l’importance d’évoluer en bonne entente dans un Donjon, le nain suivait et s’interposa, tranchant le crâne du vilain.   
Les pièces furent fouillées ; les portes, défoncées, par les sandales odorantes du barbare énervé d’entendre les lutins insulter sa mère. 

La progression se faisait pourtant difficilement, le quatuor étant régulièrement ralenti par la fatalité : entreprenant de fouiller les pièces unes par unes, ils ne trouvèrent qu’une succession de pièges retors et de sacs vides, ponctués çà et là de bourses d’or, bien pratiques en ville mais ici totalement inutiles.
Lorsqu’enfin, ils atteignirent un coin du Donjon empli de momies et de squelettes immondes, l’aventure s’engagea sur une pente irréversible…

Le barbare, au jugement aveuglé par tout ce qu’il avait entendu sur sa génitrice, crut bon de se mettre en retrait et de laisser l’enchanteur – qui, trop sûr de lui, n’avait rien trouvé de mieux à faire que de cogner sur les monstres à coup de bâton – se débrouiller face à un immonde squelette. 
Celui-ci ne fit bien sûr qu’une bouchée du lanceur de sorts, au grand dam du nain resté en découdre contre le tas d’os (l’elfe, peu sociable, avait depuis longtemps entrepris de continuer l’exploration seul). 

S’ensuit alors un combat épique qui dura une éternité, le nain et le barbare s’échangeant des politesses pour savoir qui des deux irait dépouiller le cadavre encore frais du malheureux magicien…

Lorsqu’enfin les tas d’ossements furent réduits en poudre, revint l’elfe couvert de sang et de viscères des orcs qu’il avait valeureusement vaincu seul. Il faut dire que cette race magnifique est depuis les origines la plus à même de se débrouiller face à l’adversité, et cela grâce à l’immense charis - »

L’assemblée dévisageait l’archimage avec un air ahuri. 

« Ahem. .. »
L’archimage ajusta sa robe. 

« Les trois héros restants, enfin tranquilles pour fouiller la salle vide de ses monstres, serpentèrent entre les ossements pour fouiller le sarcophage ouvragé trônant en son centre.
Las, celui-ci ne contenait rien d’autre que de vieilles pièces d’or poussiéreuses. 

Ils retournèrent en arrière, claudiquant du fait de leurs blessures, enjambant la dépouille de l’enchanteur déjà délesté de son or par le barbare, qui n’avait au passage aucun respect pour les défunts. Du moins pour ceux qu’il n’avait pas tués de ses mains. 

Il y avait une gargouille démoniaque à défaire, mais il fallait pour cela continuer à explorer.
Après être passé du côté de la bibliothèque, supposé à l’odeur être à côté des latrines, le barbare ouvrit une porte et s’exclama cette phrase qui restera comme un merveilleux résumé de l’aventure :
« Ah, bah putain ! »

Dans la salle richement décorée se tenaient trois guerriers du Chaos, et là, près d’une cheminée, siégeait la gargouille. 

Les guerriers se ruèrent sur le barbare, et ce fut un concours de moulinets, de cris de guerre et de gerbe de sang... 
Quand le dernier guerrier fut tombé, le barbare, bien retenu par le nain et l’elfe pour l’empêcher de bouger de l’encadrement de la porte (et au passage se prendre un coup malencontreux), vit arriver la gargouille et prit ses jambes à son cou. Etait-ce les horreurs endurées par le guerrier jusqu’alors qui le fit vaciller, ou les remords d’avoir provoqué la mort de l’enchanteur ? 

Voyant cela, le nain et l’elfe se précipitèrent dans les couloirs en hurlant, profitant du fait que la gargouille emboite le pas de leur huilé compagnon… qui eut la bonne idée de se tordre la cheville en glissant sur une flaque de sang.

La gargouille l’empala.

Dans la cohue qui s’en suivit, l’elfe et le nain se marchèrent dessus dans les couloirs, poursuivis par leur ennemi assoiffé d’en découdre, incapable de les rattraper. » 

« Peut-être voulaient ils l’épuiser avant de le combattre ? » demanda Malestroit, captivé par le récit
« Oui ! C’était certainement une ruse de combat ! » Dit Piedfin, certain d’être au fait de la stratégie militaire. 

L’archimage leur adressa un regard affligé. 

« Ce doit être ça, oui…
Quoi qu’il en soit, il arriva un moment où, prenant leur courage à deux mains, ils réussirent à encercler le démon, épuisé et effaré par tant de... de stratégie.  
L’elfe frappa de toutes sa hargne et de toutes ses forces, non sans avoir hurlé à son ami à courtes pattes de se tenir prêt à porter l’estocade finale. Il fit de magnifiques moulinets à l’épée, luttant frénétiquement avec l’ennemi, échangeant des coups d’égal à égal, quand vint le tour du Nain : il se précipita sur la bête, hurlant de toute sa hargne, la hache prête à fendre l’odieux crâne, et se prit lamentablement les pieds dans une lame de parquet certainement gonflée par l’humidité des lieux. 

Il s’écroula au pied de la créature au moment où celle-ci abattait son arme sur le pauvre elfe noir. 

Le nain assista à la mort de son dernier compagnon - non sans penser qu’il y avait là une nouvelle opportunité de se remplir les poches, s’il survivait à l’instant.
Il se releva alors de toute sa petitesse, fit face au démon, et aperçut une fiole roulant de la poche du cadavre frais de l’elfe noir. Il eut juste les temps de la ramasser et d’en vérifier le contenu : une potion de force doublant ses capacités au combat, qu’il s’empressa de vider. 

Il prit alors de vitesse la gargouille et lui asséna un coup fatal…

Le bilan de cette aventure était pour le moins désastreux : sur les quatre immenses talents qui se furent introduits en ces lieux pourtant accessibles au commun des mortels, un seul avait survécu. D’un moment de défaillance  de l’un découla la mort de trois. Quand il y a plusieurs moyens d’accomplir un but, il y a forcément quelqu’un pour faire le mauvais choix… »

« Mais qu’est-il arrivé au Nain ?» demanda quelqu’un dans la salle.

« « Eh bien, après avoir dignement honoré les morts en les détroussant jusqu’au dernier, il prit une retraite bien méritée, non sans avoir dépensé tout son or dans l’achat de babioles en tous genres »  

Il laissa passer un moment de silence.

« Bien ! La semaine prochaine, nous étudierons la règle du Rasoir d’Hanlon, qui peut se définir par la maxime suivante : « Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire