Je suis Myriade.
Arme de prédilection des Prêtres Rouges, je ne vis que pour servir Zaggath : je suis efficace, sans état d'âme, je ne pose ni question ni véto sur le pourquoi de mes missions. Les autres me craignent... à juste titre.
Le côté pénible du job, c'est que ça implique souvent de devoir supporter les Humains... Ces maudits humains. Je ne comprends pas comment cette race mal finie a pu donner à la fois des êtres d'exception comme les Rois-Sorciers d'une part (ainsi que les Prêtres Rouges, dans une certaine mesure), et... l'humain de base, disons. Parce que ce dernier a quand même tendance à être une combinaison de bêtise et d'arrogance presque épatante dans son genre...
De fait, même si je ne manifeste pas d'animosité à leur égard (en public en tout cas), je ne fais rien non plus pour les aider si la mission ne le requiert pas : dommage pour cette fillette dévorée par des fauves. La pauvre, elle qui tendait désespérément la main vers moi, comme si j'allais la sauver ! Bon, j'étais certes son seul recours... Ce n'était définitivement pas son jour. "Définitivement"... c'est le cas de le dire ! L'avantage c'est qu'elle n'aura plus de mauvaise journée... Je n'ai pas mentionné à mes coéquipiers cette rencontre anecdotique : j'ignore encore ce qu'ils auraient pu en penser, et de toute façon nous n'avions aucun intérêt à affronter des bêtes sauvages là où nous pouvions faire un détour.
Ceux qui m'énervent le plus, chez les Humains, ce sont nos donneurs d'ordres habituels, comme ce nabot qui nous a confié les coffres à transporter avec cet air de supériorité totalement injustifié !
- Il va mourir vite
- Il peut tomber malade
- Il doit manger et dormir pour vivre
Bref, pas très optimal tout ça. Vivement que Zaggath crame tout ce petit monde et reconnaisse ses vrais serviteurs.
Certains d'entre nous disent même que l'Ardent détruira l'humanité toute entière, libérant les Kalukans du joug de leurs maîtres imparfaits !
J'espère que je serai encore de ce monde pour assister à son avènement.
D'ici là, je file droit et je prends mon mal en patience. Comme disent les Humains : rira bien qui rira le dernier...
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Je suis le Purulant.
Doyen de notre petite escouade, je suis également, comme souvent, le plus mal en point physiquement. Il faut dire que je fais partie des premières générations de Kalukans, quand les Maîtres ne cherchaient pas uniquement des gardes du corps robustes et décérébrés...
Je fais partie des premières créations de Methyn Sarr, même si je doute qu'elle-même s'en souvienne.
Je l'ai vue passer, avec une affection presque paternelle (pour autant que cela ait du sens pour nous), de jeune mage ambitieuse et surdouée à la redoutée Reine-Sorcière dont l'immortalité semble égale à la nôtre.
J'en ai vu aussi des kalukans se succéder à mes côtés, au gré des missions. De braves types, le plus souvent. Mais difficile d'obtenir des personnes équilibrées lorsqu'on parle d'êtres artificiels, qui plus est créés pour servir d'esclaves... La plupart d'entre eux, hélas, ne voient pas plus loin que le bout de leur... cimeterre, et se contentent de jouer les gros bras. C'est d'autant plus dommageable que cela perpétue les clichés qu'ont les humains à notre égard. Nous sommes pourtant capables de bien plus ! Nous pouvons penser, nous pouvons ressentir, espérer...
Mais ce n'est guère aisé de faire passer le message quand on est muet par conception... peut-être est-ce l'une des raisons de ce mutisme d'ailleurs ?
Les "ancêtres" (comme les jeunes kalukans nous appellent) aspirent pourtant à autre chose. Ils aspirent à la liberté pour tous les nôtres, à l'établissement d'une véritable terre (et d'une culture) kalukan. Notre race a tous les atouts pour perdurer et même s'épanouir !
Bien entendu, ce "projet" reste pour l'instant confidentiel et nous sélectionnons nos recrues avec la plus grande précaution : je préfère ne pas penser à la réaction de Methyn Sarr si elle apprenait que ses serviteurs ont des velléités d'indépendance !
En attendant, nous continuons nos missions. Comme celle que je mène actuellement avec mes jeunes congénères.
Après la livraison du premier coffre, nous nous sommes retrouvés face à notre "maître" de circonstance qui a récupéré les cendres d'un air satisfait. Il nous a cette fois indiqué de nous diriger vers le plateau de Besharoon.
Comme pour notre première excursion, nous avons décidé d'attendre la nuit avant de sortir de notre tanière, ceci afin d'éviter les rencontres trop nombreuses et les questions qui pourraient en découler.
Le début de notre voyage s'est passé sans encombre, d'autant que nous évitons autant que faire se peut d'emprunter les mêmes routes que les Humains.
Nos éclaireurs, aux sens plus aiguisés que les miens, ont toutefois détecté que nous n'étions pas si tranquilles que cela : apparemment une créature semblait nous avoir pris en chasse... Nous avons continué d'avancer comme si nous n'avions rien remarqué, tandis que les plus furtifs d'entre nous contournaient notre prédateur...
Ma vue n'est plus ce qu'elle était, mais lorsque notre adversaire se révéla, il semblait s'agir d'un sacré morceau : un genre de crustacé géant, ou un scorpion. Ou un fauve ? En tout cas c'était gros et son rugissement ne laissait que peu de doute sur ses intentions.
Heureusement, mes compagnons étaient largement de taille à faire face : notamment le Preux, le Juste et l'Archer qui semblaient ravis de se dégourdir les jambes. Pour ma part, je restai prudemment près du chariot en préparant mes protections. Elles n'eurent pas vraiment le temps de servir : je n'avais même pas fini de ranger mes potions que la créature s'effondrait. Je crois que c'est l'Archer qui l'a achevée, en tout cas il y a eu un débat sur qui avait porté le coup final. J'ai l'impression que je ne voyage pas avec des flèches, mais en tout cas nous devrions être en sécurité. C'est toujours ça !
Le reste du trajet se déroula sans encombre, bien que dans une atmosphère de "mais non c'est moi qui l'ai butée" un peu lassante. Arrivés sur le plateau de Besharoon, nous avons aperçu une cabane où résidait un vieillard aussi mal en point que moi (il mourra sans doute bien plus tôt ceci dit). Notre arrivée sembla l'exciter au plus au point. Non seulement il attendait notre livraison mais nous voir lui avait provoqué comme une révélation : une vieille prophétie lui parlait d'un temple où ne pourraient entrer que durant une conjonction astronomique précise des êtres qui ne seraient ni hommes ni femmes... En effet, ça correspondait pas mal ! De plus, la configuration stellaire énoncée devait bientôt avoir lieu... Bref notre commanditaire avait tout prévu et nous allions bientôt être envoyés dans temple en question. Tout cela ne me disait rien qui vaille...
Pour tuer le temps en attendant la conjonction, je commençai à lire les ouvrages dont le sol de la cabane était jonché et à utiliser la lunette d'astronome que notre hôte nous laissa utiliser, bien que surpris que nous nous intéressâmes à de telles choses (encore des préjugés...). Quitte à attendre, autant se cultiver un peu !
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