mercredi 5 juin 2019

Voir Byzance et mourir...

Les Hittites s'agglutinaient par centaines aux portes de la ville. Leurs lances luisaient à la faveur des quelques rayons de soleil perçant à travers l'épaisse couche de nuages qui les avaient accompagnés. Je ne m'attendais pas ce matin à vivre mon dernier jour aujourd'hui... et maintenant que j'étais là, aux portes de Byzance, ma ville, face à ces guerriers réputés féroces, je n'en menais pas large.

Les premières flèches fusèrent en fin de matinée.

La charge des Hittites se heurta sans trop de casse au premier mur de défenseurs que nous avions fait sortir. Nos troupes déplorèrent peu de pertes, ce qui gonfla quelque le moral de mes frères d'armes. Toutefois, notre sergent nous fit rapidement redescendre sur Terre : ce n'était là qu'un contingent destiné à tester nos défenses. Et en moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, la véritable attaque commença.
Je vis déferler les sauvages guerriers comme une marée humaine prête à se fracasser sur les rives de nos défenses. Nos barricades explosèrent dans un grondement de tonnerre, faisant voler en éclats des morceaux de bois à plusieurs mètres à la ronde, heurtant indifféremment ennemis comme amis. Les nuages noirs tourbillonnaient au dessus de la ville et les vents se soulevèrent avec une force telle que je me surpris à me demander si les Dieux eux mêmes ne s'en étaient pas mêlés... Et mon sang ne fit qu'un tour quand j'eus la réponse à ma question : ils étaient venus accompagnés d'un géant à la peau mate et au regard obscur, brandissant une masse d'où émanait une lueur menaçante, de laquelle sortait, lorsqu'il la brandissait haut, des éclairs si intenses que le ciel lui même grondait sous lui.
Son arme crépitait de mille étincelles, et son sourire carnassier témoignait de la folie destructrice dont il faisait montre sur le champ de bataille. 
Sa simple présence, du coté de la porte Ouest de la ville, enhardissait ses guerriers, et le flanc de défenseurs sis de son côté commençait sérieusement à se clairsemer.
La porte Sud, que ma garnison tenait, contenait toujours les soldats ennemis, mais plus pour très longtemps. Si cette entrée était la moins ciblée, ce n'était que pour mieux entamer le gros des troupes qui défendaient la Porte Ouest... Et une fois la Porte Ouest tombée, le flot de Hittites se ruerait sur nous...


 A ce moment, il y eut comme un frisson derrière les lignes ennemies : une rumeur qui commença à monter. Il semblait qu'il se passait quelque chose de l'autre coté du champ de bataille, quelque chose qui poussait l'ennemi à changer sa stratégie. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je crus apercevoir un cavalier foncer sous la poussière jusqu'à nos positions, et s'encastrer avec fracas dans la barricade que l'on avait levé pour barrer les assaillants ! Lorsque je courus vers celle-ci pour aviser de ce qu'il se passait, je vis se relever de derrière l'obstacle un... centaure !?
Époussetant à peine son pelage en se relevant, tentant de se donner une certaine contenance - à vrai dire, nous étions tellement stupéfaits qu'il ne nous était pas venu à l'esprit de rire de sa mésaventure, il s'empressa de demander qui commandait mon contingent.
Et, fait incroyable, lorsque je tournai la tête pour ne trouver que le corps inanimé de mon capitaine gisant au coté de ses intestins, je me rendis compte que je venais d'être promu...

Pas véritablement en mesure de m'attarder, je cherchais rapidement à comprendre ce qu'il faisait là. Il  semblait chercher à comprendre ce qu'il se passait ici, et m'apprit qu'il comptait se rendre en ville avec quelques amis, ce qui semblait fortement compromis... Je lui expliquais que les guerrier Hittites avaient débarqué en nombre au matin, dans le but de reprendre ce que nos dirigeants leur avaient - selon les dires de leur héraut - dérobé : un Masque magique hautement précieux à leurs yeux...
Le Centaure sembla avoir pris sa décision, et prit place à mes cotés pour aider les défenseurs. Il fit montre d'une compassion certaine, aussi, en profitant des moments d'accalmie pour se pencher sur les blessés et leur prodiguer quelques soins.
De l'autre coté du champ de bataille, les armées ennemies s'étaient réorganisées. Il semblait cependant que quelque chose était à la manœuvre pour prendre l'armée ennemie à revers. Il m'avait semblé, dans la cohue de la bataille, apercevoir l'armure luisante d'un massif gaillard combattant au trident, ainsi qu'une chevelure rousse toute de fer vêtue entamant de martiales arabesques. Comme si cela n'était pas assez irréel, des clameurs venaient de la foule, avec des rumeurs étranges faisant état de guerriers d'argile frappant indifféremment défenseurs et envahisseurs...

A ce moment, tout devint fou : le centaure s'avança au devant, profitant d'une brèche dans le champ de bataille... Après quelques pas, il fit tournoyer sa masse au dessus lui, brisant le crâne de deux soldats venus à son encontre.
Et là, hurlant le nom d'Apollon, il s'embrasa.
Littéralement.

Les deux Hittites à son contact s’enflammèrent et tombèrent en un tas de cendres, tandis qu'il galopait vers le géant à la masse d'éclairs qui, interpellé par ce spectacle, abandonna son adversaire du moment, qui disparut dans une explosion de sang et d'os.
Tout s'écartèrent sur son passage, pour éviter les flammes qui l'entouraient, imaginai-je alors. Mais à bien y regarder, il y en avait bien un qui n'avait pas bougé, et si les soldats s'étaient écartés, c'était pour laisser leur chef accueillir dans un rire satisfait ce nouvau défi...

La mêlée se referma alors, faisant disparaitre le féroce combat qui s'initiait, et notre contingent tenta une percée, un peu en désespoir de cause.
Mais cela fut de courte durée : lorsqu'une trève fut demandée par l'ennemi, nous - les quelques byzantins encore debout - nous regardâmes sans bien comprendre.
Les Hittites nous étaient encore bien supérieurs en nombre, et il leur suffisait de pousser encore un peu leur avantage pour faire tomber la ville.

Je me dis alors que le Centaure avait peut être réussi : tout ce que j'avais pu voir du combat qu'il était parti livrer avait été masqué par un maelström de flammes et d'éclairs aveuglants tombant du ciel...

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