Rapport de l'agent DG59777-CA
Classifié : Secret Défense
J'ai reçu un appel du bureau du Kentucky ce 13 septembre 1994. Convocation immédiate dans leurs locaux. Comme on pouvait s'y attendre, la teneur de la convocation ne nous serait révélée que sur place. La procédure standard en somme.
Je m'y suis rendu avec mes deux collègues de la Cellule O : Takaletaka Tipi et Sean Anderson.
Qu'il soit officiellement consigné que malgré ses compétences qui nous ont été fort utiles par le passé, l'état de Sean fait peur à voir. On dirait qu'il n'a pas dormi depuis la dernière fois où l'on s'est vus, et cela remonte pourtant à plusieurs mois. Lui m'assure qu'il a suivi "une thérapie qui lui a fait beaucoup de bien". Je n'ose imaginer la tête qu'il aurait s'il ne s'était pas soigné comme il le prétend.
Takaletaka a l'air en forme.
Sa caravane, bien que voyante, et sa dégaine de vieil indien alcoolique constituent toujours pour moi un mélange tellement improbable qu'ils en font une couverture en béton.
De mon côté je suis sans doute un peu trop propret pour m'associer à de tels énergumènes. Ceci dit, je fais des efforts pour m'encanailler. Hier soir j'ai traversé hors d'un passage piéton. Alors que le feu indiquait "Don't Walk".
Je vous raconte pas le stress, j'ai dû prendre une douche après tellement j'ai transpiré. Mais devenir un rebelle est à ce prix.
Toujours est-il qu'arrivé au bureau du Kentucky, le Directeur nous a présenté à la cellule O : l'un de ses membres ne nous était pas inconnu puisqu'il s'agissait de l'agent Micheline Morteau (like the French sausage, yeah) qui nous avait déjà filé un coup de main sur l'affaire du vampire alien parasite psychopathe. Enfin le truc du désert quoi. Avec les oeufs. Ou les grosses bouboules, je ne suis pas technicien.
L'autre membre de la cellule O avait tout du jeune chien fou : un blondinet baraqué à l'air goguenard ; mon sentiment s'est trouvé confirmé quand il nous a été présenté comme une recrue provenant de l'ATF. Ca en dit long.
J'apprendrais plus tard, par diverses sources, qu'il a été mêlée au célèbre siège de Waco. Toujours une bonne idée de craquer une allumette sur une poudrière...
Mais l'affaire qui nous occupait n'impliquait pas, pour l'heure, de déloger des cultistes illuminés. Le Directeur démarra son magnétoscope VHS de marque JVC, un modèle avec deux têtes de lecture, ce qui est bien pratique quand même, et y inséra une vidéocassette tout en allumant son téléviseur cathodique dont la marque m'a échappé (mes excuses pour l'imprécision de ce rapport dont la crédibilité même, j'en ai bien conscience, est irrémédiablement entachée).
La cassette montra un adolescent de sexe masculin et de type caucasien d'environ 16 ans, en train de braquer une station-service. Vêtu d'un sweat-shirt à capuche Iron Maiden (probablement un être dégénéré), celui-ci s'en prenait à un honnête commerçant américain. Une scène typique de la déliquescence de la jeunesse. Mais là où cela devint moins typique, c'est lorsque pris d'une pulsion de colère, le délinquant juvénile transperça l'homme qui lui faisait face d'un unique coup de poing.
Alors oui, forcément, l'adolescence, les hormones, tout ça... mais ça n''expliquait pas tout. Même avec du Gatorade, ça me semblait un peu fort.
Le Directeur nous indiqua en outre que le jeune homme était également accusé d'avoir tué son père à mains nues ; acte qui, s'il peut être compréhensible, n'en reste pas moins un délit dans la plupart des Etats.
Il avait néanmoins fini par être arrêté par des agents et était désormais sous étroite surveillance.
Notre mission : l'interroger tout d'abord... puis enquêter sur les lieux des drames, afin de faire la lumière sur les origines de cette super-force.
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