mercredi 6 mars 2019

Au Coeur du Mont Dindyme



Le déluge de coups qui suivit l’affalement de ma masse sur l’amas de rouages et de métal qui se tenait devant moi n’eût, au final, pas l’effet que j’avais escompté. Le bruit de la ferraille choquée avait beau résonner avec ardeur sur les parois de la grotte, le guerrier qui me faisait face ne semblait pas s’en soucier. Phryxos et Antibrontë me rejoignirent en hurlant, abattant leurs armes sur mon adversaire, tandis qu’Actéon occupait le second. Lyn, sonnée, peinait à se remettre sur pieds.
Les adversaires étaient féroces, et nous ne fûmes pas trop de trois pour coucher le premier. Nous n’encaissions que peu de coups, mais tous ceux que nous assénions semblaient à peine ralentir la machine – si tant est que l’on ait pu la qualifier ainsi. 
Une fois remise, Lyn porta assistance à un Actéon qui, s’il ne semblait pas broncher, avait tout de même fort à faire. Sa peau d’écailles avait beau être insensible à toute forme de taillade par le fer, son adversaire maniait avec dextérité une lance à l’estoc acéré.

Fort heureusement pour nous, après quelques minutes qui nous parurent des heures, nous fûmes victorieux. 
Pendant que nous pansions nos plaies, nous avisâmes de la marche à suivre. La logique voulait que nous empruntions le boyau gardé par le piège que Lyn avait déclenché. 

Prenant les devants, j’entrai dans le tunnel, suivi d’Antibrontë. Nous avions bien conscience qu’il était certainement piégé, aussi avancions nous avec toute la précaution requise. 

Nous franchîmes un léger filet d’eau semblant sortir de la roche, avant de nous enfoncer plus en avant dans le centre de la montagne, à mesure que le chemin remontât.
A un moment, il nous sembla sentir une odeur étrange, et nous vîmes nos flammes vaciller. Il s’agissait certainement d’un gaz : il était de toute manière trop tard pour revenir en arrière… Les flammes de nos torches enflammèrent l’air autour de nous, avec –heureusement – pour seul effet de les éteindre. Certains d’entre nous semblaient toutefois avoir souffert de l’exposition à cet air impur, sans que cela nous freine pour autant dans notre avancée.
Alors que le boyau semblait s’élargir, l’un d’entre nous remarqua un défaut dans le sol. Suspicieuse, Lyn s’empressa de l’examiner : notre hôte  avait cru bon d’installer une plaque de pression dans le sol. Les rainures dans le mur, laissant deviner de grandes faux prêtes à hacher menu tout intrus l’ayant ignorée, nous confirmèrent le besoin impérieux d’enjamber le piège…

A la sortie du tunnel, nous eûmes la surprise d’entrer dans ce qui semblait plus tenir du laboratoire que d’une cavité : partout, des tables, des machines, des outils et des objets, aux multiples rouages, semblaient attendre qu’on les utilise. Il régnait dans ce lieu une odeur difficile à décrire : un mélange d’huile, de graisse, d’humidité et… de putréfaction.
Lyn s’enquit des objets posés ça et là : elle en vint à trouver une espèce de tige pointue, en alliage d’apparence extrêmement solide, et en conclut avoir trouvé là l’aiguille qui devait servir à forer le crâne de Tyros, l’hurluberlu qui nous attendait à l’extérieur.
Actéon, heureux de constater que la pièce, au léger dénivelé, était en partie inondée jusqu’aux cuisses, ne mit pas longtemps à retrouver son propriétaire : encastré dans une paroi, à moitié enseveli par un amas de roches, il y avait une espère de taureau de fer et d’acier, monté sur des roues, qui semblait avoir foncé tout droit depuis l’autre bout du laboratoire pour emplafonner le savant, dont seuls les jambes et un bras se laissaient entrevoir, tout aplati qu’il était entre le mur et la bête.
L’eau qui tapissait le sol semblait sortir de la paroi à cet endroit, d’entre les rochers affaissés par la violence du choc : nous avions trouvé là à la fois Actoclès et la raison pour laquelle la fontaine ne donnait plus d’eau…
Lyn entreprit d’examiner les dégats, et évalua pouvoir réparer le tout en une nuit, au moins temporairement. 

Nous prîmes alors la décision de repartir prévenir Tyros, et récupérer les outils et le matériel nécessaire à l’entreprise. Quelle ne fut par notre surprise lorsqu’une fois sortis de là, Tyros avait disparu. Et, pire encore, l’Argo n’était plus dans la baie de Cyzique. ..


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