vendredi 13 avril 2018

Le Feu, ça brûle...


Gloire à Zaggath, la Flamme Originelle.
Celui par qui naquit et périra ce monde.
L’Âtre et le Bûcher.
   
   Aujourd’hui, l’Incandescent a une nouvelle fois fait étalage de son incomparable puissance, et il m’a fait la grâce d’en être le vecteur.

   Alors que nous avions rejoint la cité d’Oomis depuis quelques semaines afin de profiter de la gratitude des Céruléens, chacun avait tout d’abord choisi de dépenser son butin selon son bon vouloir. Alors que Drogar semblait vouloir battre des records de débauche (tant par la boisson que par la luxure, si bien que son nom devrait plutôt être Grodar…), l’Alchimiste pour sa part décidait d’investir dans du matériel de meilleure qualité. Diane de son côté acquérait un terrain afin d’y élever et dresser des animaux sauvages, tandis que Bhadrakil s’achetait un nouveau train de vie en se faisant passer pour un noble. J’ignorais qui il espérait tromper avec ses manières affectées mais je me méfiais comme la peste des plans qu’il ourdissait dans l’ombre. Il était tel une lame à double tranchant dont je ne souhaitais pas tester le fil.

   Quant à moi, j’utilisai une part de mon pécule à l’achat de quelques manuels et amulettes mystiques, mais la plus grosse partie fut consacrée à l’achat d’un bâtiment que je fis rénover à grands frais afin d’y établir un temple à la gloire de mon Seigneur. Je recrutai aisément quelques ouailles qui, à défaut d’être des lumières, auraient la ferveur requise pour notre culte. Parmi ces recrues se cachait néanmoins une pépite potentielle. Un miséreux, comme les autres, mais dont le regard brillait d’intelligence et d’ambition. Le jeune Sardo ferait un acolyte tout à fait acceptable si je l’aiguillais correctement. Ah, j’allais oublier ! De mon butin, je gardais les pièces les plus clinquantes afin de les envoyer vers ma tribu natale. Ces quelques verroteries devraient me garantir quelque gloire au pays.

   Mais revenons-en à notre périple du jour : Bhadrakil, qui manigance comme il respire, est parvenu à convaincre quatre jeunes sots qu’il pouvait leur apprendre à devenir des héros. Il les a convaincus de nous accompagner afin d’affronter le Zathog qui a décimé le village des Céruléens rebelles. Pour un baptême…
   Si je partageais son envie d’accéder au temple que le saurien gardait, je restais perplexe quant au destin de la piétaille qui nous accompagne. J’ai pleinement conscience de ne pas être un champion de l’empathie mais je crains qu’en comparaison de mon compagnon, je sois un véritable Prêtre d’Afyra.
Je reste également partagé entre l’émerveillement et la consternation devant la naïve confiance que semblaient nous accorder nos « recrues ». Même à l’annonce du plan, qui consistait à les utiliser comme première ligne face à une créature de quinze mètres, ceux-ci ne bronchèrent pas. J’imagine que la vertu première d’un aventurier est la capacité à évaluer les risques ? Des aventuriers vivants, cela va sans dire.

   Le piège était dressé : la dépouille d’une créature des marais bourrée de plantes somnifères afin de servir d’appât, attachée à un Croarg qui amènerait le Zathog au milieu de rangées de pieux acérés. De là, je couperais la retraite de l’animal grâce à un mur de flammes et laisserait faire les guerriers du groupe en espérant que la combinaison des pieux, des plantes et de nos compétences martiales suffirait.
   Le premier des quatre niais (puisqu’il faut les appeler ainsi) a amené le Zathog hors du lac, et ne dut la vie sauve qu’à une bénédiction que je lui prodiguai, lui donnant la vitesse suffisante pour… fuir aussi loin qu’il le put. Le Zathog, de par son envergure, prit de vitesse le Croarg et coinça la corde qui devait l’attirer. Ce faisant, il s’empala sur quelques pieux mais restait bien plus proche de la rive qu’attendu. Le combat s’est alors engagé, nos apprentis héros et le barbare se jetant à l’assaut, m’empêchant par là-même de déclencher mon feu. Diane a fait des merveilles à l’arc, parvenant à crever les yeux de notre proie. On ne peut en dire autant de Drogar qui semblait avoir purement et simplement oublié notre plan… Un violent coup de queue du Zathog envoya valdinguer nos guerriers, me donnant l’opportunité que j’attendais. Je sacrifiai un animal que Diane m’avait fourni avec une méthode… personnelle, disons, laissant alors libre cours à la rage et à l’afflux de pouvoir qui me submergea, déclenchant non un simple mur de feu mais un véritable brasier qui embrasa la créature. Zaggath lui-même sembla satisfait de moi car au milieu des flammes qui consumaient notre cible dans une odeur prenante de chair brûlée, je crus le distinguer, riant à gorge déployée de mon offrande.

   Le combat s’est donc achevé donc plus tôt que prévu, mais non sans perte : de nos quatre novices, l’un d’eux a été dévoré, un autre noyé suite à sa projection au milieu du lac, un troisième agonise de ses blessures tandis que le dernier doit encore courir de peur dans les marais.

   Mais au moins l’accès au temple est-il désormais possible…

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