Gloire à Zaggath, la
Flamme Originelle.
Celui par qui naquit
et périra ce monde.
L’Âtre et le Bûcher.
Aujourd’hui, l’Incandescent
a une nouvelle fois fait étalage de son incomparable puissance, et il m’a fait
la grâce d’en être le vecteur.
Alors que nous avions rejoint la cité d’Oomis depuis quelques
semaines afin de profiter de la gratitude des Céruléens, chacun avait tout d’abord
choisi de dépenser son butin selon son bon vouloir. Alors que Drogar semblait
vouloir battre des records de débauche (tant par la boisson que par la luxure,
si bien que son nom devrait plutôt être Grodar…), l’Alchimiste pour sa part décidait
d’investir dans du matériel de meilleure qualité. Diane de son côté acquérait
un terrain afin d’y élever et dresser des animaux sauvages, tandis que
Bhadrakil s’achetait un nouveau train de vie en se faisant passer pour un
noble. J’ignorais qui il espérait tromper avec ses manières affectées mais je
me méfiais comme la peste des plans qu’il ourdissait dans l’ombre. Il était tel
une lame à double tranchant dont je ne souhaitais pas tester le fil.
Quant à moi, j’utilisai une part de mon pécule à l’achat de quelques
manuels et amulettes mystiques, mais la plus grosse partie fut consacrée à l’achat
d’un bâtiment que je fis rénover à grands frais afin d’y établir un temple à la
gloire de mon Seigneur. Je recrutai aisément quelques ouailles qui, à défaut d’être
des lumières, auraient la ferveur requise pour notre culte. Parmi ces recrues
se cachait néanmoins une pépite potentielle. Un miséreux, comme les autres,
mais dont le regard brillait d’intelligence et d’ambition. Le jeune Sardo ferait
un acolyte tout à fait acceptable si je l’aiguillais correctement. Ah, j’allais
oublier ! De mon butin, je gardais les pièces les plus clinquantes afin de
les envoyer vers ma tribu natale. Ces quelques verroteries devraient me
garantir quelque gloire au pays.
Mais revenons-en à notre périple du jour : Bhadrakil,
qui manigance comme il respire, est parvenu à convaincre quatre jeunes sots qu’il
pouvait leur apprendre à devenir des héros. Il les a convaincus de nous accompagner
afin d’affronter le Zathog qui a décimé le village des Céruléens rebelles. Pour
un baptême…
Si je partageais son envie d’accéder au temple que le
saurien gardait, je restais perplexe quant au destin de la piétaille qui nous
accompagne. J’ai pleinement conscience de ne pas être un champion de l’empathie
mais je crains qu’en comparaison de mon compagnon, je sois un véritable Prêtre
d’Afyra.
Je reste également partagé entre l’émerveillement et la consternation
devant la naïve confiance que semblaient nous accorder nos « recrues ».
Même à l’annonce du plan, qui consistait à les utiliser comme première ligne
face à une créature de quinze mètres, ceux-ci ne bronchèrent pas. J’imagine que
la vertu première d’un aventurier est la capacité à évaluer les risques ?
Des aventuriers vivants, cela va sans
dire.
Le piège était dressé : la dépouille d’une créature des
marais bourrée de plantes somnifères afin de servir d’appât, attachée à un
Croarg qui amènerait le Zathog au milieu de rangées de pieux acérés. De là, je
couperais la retraite de l’animal grâce à un mur de flammes et laisserait faire
les guerriers du groupe en espérant que la combinaison des pieux, des plantes
et de nos compétences martiales suffirait.
Le premier des quatre niais (puisqu’il faut les appeler
ainsi) a amené le Zathog hors du lac, et ne dut la vie sauve qu’à une bénédiction
que je lui prodiguai, lui donnant la vitesse suffisante pour… fuir aussi loin
qu’il le put. Le Zathog, de par son envergure, prit de vitesse le Croarg et coinça
la corde qui devait l’attirer. Ce faisant, il s’empala sur quelques pieux mais
restait bien plus proche de la rive qu’attendu. Le combat s’est alors engagé,
nos apprentis héros et le barbare se jetant à l’assaut, m’empêchant par là-même
de déclencher mon feu. Diane a fait des merveilles à l’arc, parvenant à crever
les yeux de notre proie. On ne peut en dire autant de Drogar qui semblait avoir
purement et simplement oublié notre plan… Un violent coup de queue du Zathog
envoya valdinguer nos guerriers, me donnant l’opportunité que j’attendais. Je
sacrifiai un animal que Diane m’avait fourni avec une méthode… personnelle,
disons, laissant alors libre cours à la rage et à l’afflux de pouvoir qui me
submergea, déclenchant non un simple mur de feu mais un véritable brasier qui
embrasa la créature. Zaggath lui-même sembla satisfait de moi car au milieu des
flammes qui consumaient notre cible dans une odeur prenante de chair brûlée, je
crus le distinguer, riant à gorge déployée de mon offrande.
Le combat s’est donc achevé donc plus tôt que prévu, mais
non sans perte : de nos quatre novices, l’un d’eux a été dévoré, un autre
noyé suite à sa projection au milieu du lac, un troisième agonise de ses
blessures tandis que le dernier doit encore courir de peur dans les marais.
Mais au moins l’accès au temple est-il désormais possible…

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire