« Un grand poisson dans une petite mare ». Telle
semblait devoir être la vie promise de Bassim, fils du chef de la tribu Atosheh
(Noble : 0). Cinq cents âmes perdues au fin fond de la Jungle de Qo, ne
survivant que par la chasse et le commerce avec les rares marchands assez fous
pour s’aventurer aussi loin.
Tandis que les camarades de son âge apprenaient à poser des
pièges et utiliser l’arc, Bassim, par le privilège de son rang, n’était pas
soumis à de telles tâches. Lui devait plutôt se former à la négociation, à la comptabilité
et aux langues (Marchand : 0). Et c’est ce qu’il fit, tel qu’on l’attendait
de lui, bien que n’ayant pas d’aspiration particulière à cela. Lui rêvait d’ailleurs
et d’aventures, imaginant encore et encore les glorieuses cités vantées par les
marchands en visite, sans pouvoir se résigner à fuir les siens.
Mais les Dieux ne semblaient pas pour autant décidés à lui
laisser mener la vie à laquelle il était destiné, un dieu en particulier…
Peut-être est-ce lui qui souffla à Bassim de proposer à son
père de chercher de nouvelles voies commerciales vers l’Est ? Les desseins
des Dieux sont indéchiffrables aux mortels… Si tôt dit, si tôt fait : le
jeune prince se retrouva à la tête d’une escouade de chasseurs en quête d’une
côte ou d’une rivière inconnue qui permettrait l’installation d’un comptoir.
C’est bien plus qu’il trouva.
Après une demi-journée de
marche éprouvante dans une végétation dense où vivait une faune potentiellement
mortelle, au détour d’un groupe d’arbres abattus, l’expédition tomba sur les ruines
d’un ancien temple quasiment intégralement absorbé par la jungle environnante.
Bassim se remémora certains ragots des doyens du village mentionnant un lieu à
la description similaire, maudit selon eux. Mais les avertissements de quelques
vieillards superstitieux ne pouvaient faire le poids face à sa propre curiosité.
Contre l’avis de ses hommes, il s’aventura donc seul dans ces ruines, comme
appelé par une puissance supérieure.
Cent fois il manqua de se briser la nuque en glissant ou échappa
à la mort en provoquant des éboulis, rencontrant plusieurs squelettes (pas tous
humains d’ailleurs) de prédécesseurs moins chanceux. Il parvient pourtant au
centre du temple, ou de ce qu’il en restait, où se tenait en dépit de toute
logique… une flamme éclatante, suspendue dans les airs, brûlant à partir de
rien et semblant le faire depuis toute éternité. De cette flamme aux reflets d’or
et d’ocre émanait un vrombissement régulier, comme une voix grommelant des
paroles incompréhensibles ou des imprécations. Abandonnant toute prudence,
telle une phalène hypnotisée par la lumière, il s’approcha, et la toucha.
Lui seul saurait dire exactement ce qu’il vit ou entendu ce
jour-là. Il en revint toutefois profondément changé. Les membres de son expédition
témoignèrent l’avoir vu revenir après plus de deux jours d’absence, amaigri,
souffrant de déshydratation ainsi que de diverses brûlures sur le corps dont
une horrible sur la main gauche. Il avait l’air incohérent et exalté, ne
cessant de marmonner sans même remarquer ses camarades alentours, serrant de
toutes ses forces une amulette et un vieux grimoire, ne laissant personne l’approcher.
Il lui fallut de longs instants supplémentaires pour revenir
pleinement à lui, ordonnant ensuite de retourner auprès de la tribu.
Plus jamais il ne tenta de repartir dans la jungle, tout
comme il sembla se désintéresser du commerce excepté lorsque son interlocuteur
avait des informations sur des sujets ésotériques. Il refusa toujours de
raconter ce qu’il lui était arrivé, indiquant toutefois qu’il avait été de ses
propres mots « Eveillé ».
Et, de fait, il disposait désormais de capacités et d’un
penchant pour le feu qu’il s’efforçait de cacher à tous. Mais il n’ignorait pas
que son expérience avait attiré énormément d’attention sur lui, et ce facteur
combiné à l’incapacité de trouver d’autres grimoires que le sien au fin fond
de la jungle achevèrent de le convaincre de partir pour de bon, officiellement « en
tant qu’Ambassadeur de la tribu Atosheh » afin de lui trouver débouchés
commerciaux et alliés.
C’est désormais libre que Bassim l’Ardent arpente le monde,
avide de ses secrets mystiques et étudiants les signes du second avènement de
son Maître, Zaggash, Seigneur du Feu.
« Ce monde est né dans
les flammes et finira dans les flammes, ainsi que toute chose. Je m’interroge
encore de l’intérêt et de la portée de tout ce qu’il se passera entre temps. »
- Bassim l’Ardent.

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