vendredi 6 avril 2018

Bassim l'Ardent


  « Un grand poisson dans une petite mare ». Telle semblait devoir être la vie promise de Bassim, fils du chef de la tribu Atosheh (Noble : 0). Cinq cents âmes perdues au fin fond de la Jungle de Qo, ne survivant que par la chasse et le commerce avec les rares marchands assez fous pour s’aventurer aussi loin.

  Tandis que les camarades de son âge apprenaient à poser des pièges et utiliser l’arc, Bassim, par le privilège de son rang, n’était pas soumis à de telles tâches. Lui devait plutôt se former à la négociation, à la comptabilité et aux langues (Marchand : 0). Et c’est ce qu’il fit, tel qu’on l’attendait de lui, bien que n’ayant pas d’aspiration particulière à cela. Lui rêvait d’ailleurs et d’aventures, imaginant encore et encore les glorieuses cités vantées par les marchands en visite, sans pouvoir se résigner à fuir les siens.

  Mais les Dieux ne semblaient pas pour autant décidés à lui laisser mener la vie à laquelle il était destiné, un dieu en particulier…

  Peut-être est-ce lui qui souffla à Bassim de proposer à son père de chercher de nouvelles voies commerciales vers l’Est ? Les desseins des Dieux sont indéchiffrables aux mortels… Si tôt dit, si tôt fait : le jeune prince se retrouva à la tête d’une escouade de chasseurs en quête d’une côte ou d’une rivière inconnue qui permettrait l’installation d’un comptoir.

  C’est bien plus qu’il trouva. 

  Après une demi-journée de marche éprouvante dans une végétation dense où vivait une faune potentiellement mortelle, au détour d’un groupe d’arbres abattus, l’expédition tomba sur les ruines d’un ancien temple quasiment intégralement absorbé par la jungle environnante. Bassim se remémora certains ragots des doyens du village mentionnant un lieu à la description similaire, maudit selon eux. Mais les avertissements de quelques vieillards superstitieux ne pouvaient faire le poids face à sa propre curiosité. Contre l’avis de ses hommes, il s’aventura donc seul dans ces ruines, comme appelé par une puissance supérieure.

  Cent fois il manqua de se briser la nuque en glissant ou échappa à la mort en provoquant des éboulis, rencontrant plusieurs squelettes (pas tous humains d’ailleurs) de prédécesseurs moins chanceux. Il parvient pourtant au centre du temple, ou de ce qu’il en restait, où se tenait en dépit de toute logique… une flamme éclatante, suspendue dans les airs, brûlant à partir de rien et semblant le faire depuis toute éternité. De cette flamme aux reflets d’or et d’ocre émanait un vrombissement régulier, comme une voix grommelant des paroles incompréhensibles ou des imprécations. Abandonnant toute prudence, telle une phalène hypnotisée par la lumière, il s’approcha, et la toucha.

  Lui seul saurait dire exactement ce qu’il vit ou entendu ce jour-là. Il en revint toutefois profondément changé. Les membres de son expédition témoignèrent l’avoir vu revenir après plus de deux jours d’absence, amaigri, souffrant de déshydratation ainsi que de diverses brûlures sur le corps dont une horrible sur la main gauche. Il avait l’air incohérent et exalté, ne cessant de marmonner sans même remarquer ses camarades alentours, serrant de toutes ses forces une amulette et un vieux grimoire, ne laissant personne l’approcher.
Il lui fallut de longs instants supplémentaires pour revenir pleinement à lui, ordonnant ensuite de retourner auprès de la tribu.

  Plus jamais il ne tenta de repartir dans la jungle, tout comme il sembla se désintéresser du commerce excepté lorsque son interlocuteur avait des informations sur des sujets ésotériques. Il refusa toujours de raconter ce qu’il lui était arrivé, indiquant toutefois qu’il avait été de ses propres mots « Eveillé ».
Et, de fait, il disposait désormais de capacités et d’un penchant pour le feu qu’il s’efforçait de cacher à tous. Mais il n’ignorait pas que son expérience avait attiré énormément d’attention sur lui, et ce facteur combiné à l’incapacité de trouver d’autres grimoires que le sien au fin fond de la jungle achevèrent de le convaincre de partir pour de bon, officiellement « en tant qu’Ambassadeur de la tribu Atosheh » afin de lui trouver débouchés commerciaux et alliés.

  C’est désormais libre que Bassim l’Ardent arpente le monde, avide de ses secrets mystiques et étudiants les signes du second avènement de son Maître, Zaggash, Seigneur du Feu.

  « Ce monde est né dans les flammes et finira dans les flammes, ainsi que toute chose. Je m’interroge encore de l’intérêt et de la portée de tout ce qu’il se passera entre temps. » - Bassim l’Ardent.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire